On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde, disait Desproges. L'autre jour, dans un élan d'introspection je m'aperçevais qu'il pouvait être difficile de rire de soi en certaines circonstances... S'amuser de ses propres paradoxes, de ses bévues et mauvaises habitudes, nécessite en premier lieu d'avoir l'assentiment des ses proches, l'assurance que ces actes imanquables n'aient que peu de répercutions ni sur leur vie, gageant nos bonnes intentions à leur égard, ni la notre, mais plutôt sur l'image et l'opinion que l'ensemble de nos contemporains ont de notre propre personne. Ce qu'on donne à voir. « Tout numérique », société de l'image, de l'information et du paraître, nombre de penseurs de notre époque ont et dénoncent encore un modèle sociétal et communicationnel inquisiteur, écrasant tout particularisme, et auquel seuls les bons acteurs survivent. S'agit-il de surmonter notre flemme congénitale de sortir de ce modele qui dit « ce comment l'on doit paraître » (sortez-moi de là, je suis feignant), ou plutôt d'accepter n'être pas acteur pour deux sous (d'ailleurs certains, mêmes réputés, n'en prennent guère plus de deux...) et se convaincre que ce qui nous attache à nos proches réside en nos destins communs, ce pourquoi nous vivons ensemble, souvent de manière organique et même biologique...? Le sujet revient souvent, notemment lors de réunions de famille... Pourquoi ne suis-je toujours pas père ? Et bien chers tous, amis, famille, collègues, je vous renvoie la question; vous qui m'avez affublé de drôlissimes surnoms, l'Atome, Malabar, Ginestovitch... , qui riez comme des bossus de mes âneries et m'y suivez souvent, m'y voyez-vous vraiment ? Je ne crois pas. J'aime me marrer, me fendre la poire, faire l'imbécile... mais lorsque vous posez maladroitement la question, je me surprends à ne plus rire...parcequ'au fond, vous ne riez déjà plus avec moi, et comme vous n'êtes pas non plus de bons acteurs, et ça se voit ! Bien sûr que le désir est fort, bien sûr qu'il faut mûrir les expériences passées, bien sûr qu'il faut « y penser »... Mlle S. et moi-même sommes d'avis que le rire est un mode d'apprentissage riche de sens, efficace en nombre de circonstances de la vie. Pour voir un père idéal, y'a la tévé, vous verrez, les acteurs sont formidables, on s'y croirait ! (dans l'idéal ). Des stéréotypes haut-débit et des stigmates je me méfie particulièrement, simplement parce que si l'homme parfait existait, et que le hasard ait fait que ce soit moi, je ne m'en serais sans doute pas aperçu... tête en l'air!
On ne peut rire de soi qu'avec les autres.